Il y a quelques jours, je suis retombée sur un de mes livres. Pas une photo, pas un souvenir Facebook qui remonte à la surface une fois par an pour nous rappeler nos erreurs de jeunesse, non, le vrai livre. Celui qu’on peut tenir dans ses mains, ouvrir, feuilleter, relire et malheureusement juger avec dix années de recul supplémentaires.
Et je dois avouer que le sentiment qui m’a traversée n’était ni la fierté ni la nostalgie.
J’étais surtout gênée.
Pas au point de vouloir le cacher au fond d’un tiroir, mais suffisamment pour l’ouvrir au hasard, lire quelques pages et me demander ce qui m’était passé par la tête à l’époque.
Parce que oui, j’ai écrit deux livres.
Deux vrais livres. Pas des manuscrits oubliés dans un ordinateur. Pas des projets abandonnés à la troisième page. Des livres publiés, vendus, référencés sur Amazon, Decitre, Cultura… Des livres qui ont eu des lecteurs, des avis, des séances de dédicaces et même, pendant un temps, une petite place dans les rayons « coups de cœur ».
Le premier livre parlait des ex de nos hommes. Le second des séparations. Des sujets que je trouvais amusants, universels, faciles à partager et qui correspondaient parfaitement à ce qui fonctionnait à l’époque. Nous étions en plein dans ces années où les petits livres humoristiques envahissaient les tables des librairies, où l’on achetait ce genre de mini bouquin pour une amie qui venait de se faire quitter ou pour une collègue qui traversait une rupture compliquée.
Aujourd’hui, soyons honnêtes, ces mêmes contenus existeraient probablement sous forme de vidéos TikTok ou de carrousels Instagram. En quelques publications, l’affaire serait réglée.
Mais il y a dix ans, c’était un livre.
Et moi, sans aucune expérience dans l’édition, sans réseau particulier, sans légitimité autre que mon enthousiasme, j’ai décidé d’en écrire un. Puis un deuxième. Puis, tant qu’à faire les choses de manière compliquée, de créer ma propre maison d’édition pour les publier.
Avec le recul, c’est probablement cette partie de l’histoire qui me paraît la plus improbable.
Parce que lorsque je relis ces livres aujourd’hui, je souris davantage à l’audace qu’au contenu. Je vois des sujets très légers, très ancrés dans leur époque, mais je vois surtout une fille qui a eu une idée et qui est allée jusqu’au bout.
Et finalement, les retours que j’ai reçus allaient exactement dans ce sens.
Je me souviens encore de certaines lectrices qui me remerciaient d’avoir mis un peu de légèreté sur une séparation difficile. Comme si, pendant quelques heures, quelqu’un s’était senti un peu moins seul.
Alors non, ces livres ne sont pas des chefs-d’œuvre.
Je pense même qu’il me mettent un peu mal à l’aise aujourd’hui parce qu’ils correspondent à une version de moi qui n’existe plus.
Mais lorsque je regarde le nombre de projets auxquels je réfléchis depuis des années sans jamais passer à l’action, je suis obligée de reconnaître quelque chose à la femme que j’étais à l’époque : elle avait un culot que je lui envie parfois.
Parce qu’elle n’a pas passé des mois à se demander si son sujet était assez intelligent, assez ambitieux ou assez légitime. Elle a eu une idée. Puis elle s’est mise au travail. Et quelques mois plus tard, elle tenait son livre entre les mains.
Un livre pas dingue, certes. Mais un livre quand même !





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